Olivier Quintyn / [S.V.P]
live :
Implement my Pu**Y
Reaganomics
Hommage à John Oswald


Capture de l’intervention à l’ENS Lyon
le 19 février 2003

durée : 23 minutes

[vidéo
« basse définition »]

Session organisée le 19 février 2003 par le Centre d'études poétiques,
ENS Lettres et Sciences humaines,
dans le cadre de la Journée « Virus »
[cycle de conférences :
Les Ateliers contemporains du Centre d’études poétiques (CEP)
2002/2003
]


voir aussi :
Olivier Quintyn [S.V.P]

le site du Centre d’études poétiques de l’ENS-LSH
la base de ressources audiovisuelles et multimédia de l’ENS-LSH

LA RÉDACTION. Nos Visages-flash ultimes

Cher Monsieur B. Y.,

Avant tout, je tiens à vous remercier grandement pour votre offre d’aide, vous ne pouvez pas vous imaginer combien cela va m’être précieux.
Voici donc : il y a encore une vidéo d’otages-victimes que je voudrais intégrer dans ce livre. Elle a été présentée sur les sites américains comme montrant l’exécution de jeunes laveurs de piscines irakiens travaillant pour les forces d’occupation. Mais je ne dispose actuellement d’aucun moyen sérieux de savoir si ces informations sont exactes.
Vous me seriez d’un grand secours si vous pouviez m’indiquer dans une traduction la plus littérale possible :
a) tout ce que disent les otages, et les questions que leur posent les ravisseurs ;
b) ce qui est écrit en transparence au centre de l’écran et en rouge en bas à droite ;
c) et aussi peut-être ce qui est murmuré pendant que la caméra montre les documents papier. Voire ce qui se dit en arrière-plan sonore.
Je voudrais enfin vous prévenir : cette vidéo montre, à la fin, des images extrêmement violentes et peut-être préférerez-vous ne pas les voir, d’autant qu’elles ne contiennent aucun discours ou symbole que je ne puisse traduire seul. Le plus simple pour les éviter serait d’arrêter le visionnage de ce document après 4 mn 10.

Bien cordialement,
Ch. H. pour La Rédaction.


LA RÉDACTION
Publications : Règles et commentaires (Collodion, 1995), Petits Poëmes en prose (Al Dante, 1998), Poésie Action directe (Al Dante, 2003).
LA RÉDACTION rédige des « rapports » informatifs en inventant des formes procédurielles à effets. La biographie de LA RÉDACTION s'assimile à ses activités rédactionnelles que voici et qui, pour l'instant, ont été majoritairement de fournir des « rapports » à diverses revues (Nioques, Musica falsa, Axolotl, Éc/arts…), ou encore d'épaissir l'épaisseur de tel ou tel volume (La Gueule de l'emploi, avec Manuel Joseph et Jean-Luc Moulène ; Ouvriers vivants…).


éditions Al Dante
postface de Thomas Mondémé
16 x 22 cm. 296 pages. 17 euros
EAN 9782849571149
[réétiqueté
9782847619638]
décembre 2007

LA RÉDACTION. Nos Visages-flash ultimes. Postface par Thomas Mondémé [extrait]



SOME NEW FOUND FOOTAGE

Postface à un art d’otages
par Thomas Mondémé


Une image créée de toutes pièces / Un traitement génératif

On dessine une image: est-elle belle, ou encore bonne ? Ici, la question ne se pose pas. L’image existe déjà. D’une certaine façon, elle s’est déjà imposée à la perception commune, elle ou une autre qui paraît en être tellement proche. Mais il serait plus exact de dire qu’un aspect seulement de cette image s’est imposé – et avec lui, une sorte de nappe de vocabulaire qui colle à sa surface comme si elle lui était consubstantielle – et conditionne toute forme de commentaire possiblement émis à son propos. L’entreprise de LA RÉDACTION consiste à fabriquer une autre sorte de commentaire, par des procédures contrôlées qui font alterner tâtonnements et exploitation systématique. Nous reviendrons donc brièvement sur le statut de ces images, et sur les manipulations auxquelles elles sont soumises.

Un nouveau manuel de coloriage / Une somme de procédures

Revenons sur la fabrication même des visages-flash. Le traitement de l’information a toujours lieu « à chaud », et l’acte premier consiste à collecter des données, i.e. à télécharger des vidéos. La récupération se fait soit via des moteurs de recherche d’accès courant, en tapant des mots comme « hostages videos », « beheading videos Irak », soit via des archives spécifiques, c’est-à-dire des sites spécialisés comme Tracking terrorism, Ogrish, Terrorist media…, dont la particularité est la prétention à traiter ce qu’on appelle de l’« uncover reality » (on peut noter le basculement récemment intervenu dans la stratégie communicationnelle de ces sites : ils sont passés de la pure mise en valeur du sensationnel à l’insistance sur le devoir de montrer des aspects cachés de la réalité. On pourra y voir au choix : l’esprit de sérieux comme stratégie de survie ==> ne pas passer pour des voyeurs, ou une autre tentative de dramatisation qui reconduit en fait à la question du sensationnel).
L’un des premiers constats est que, passant par l’un ou l’autre des canaux de recherche, on se retrouve toujours plus ou moins en face du même type de traitement du phénomène. On pourrait aussi solliciter la rubrique « News » des grands moteurs de recherche, qui a l’avantage de procéder par mots clés, avec cette dynamique paradoxale d’une réduction effective sous la forme d’une prolifération apparente : même en partant de l’impression que ces mots ouvrent vraiment des portes, si possible vers du nouveau, il suffit de tenter d’épuiser le système, de cliquer sur tous les mots-clés proposés, pour être assez vite confronté à un noyau extrêmement pauvre d'information répétitive, et à la circularité stérilisante des possibles informationnels. On fait sensiblement le même genre d’expérience dans la collecte des « beheading videos » (nous aurons l’occasion d’y revenir). Ces vidéos une fois récupérées, intervient le moment de la capture d’image. Les éléments qui motivent cette capture sont variés, sans que l’on ait affaire à un équivalent du random shooting : il peut s’agir d’une proposition verbale, d’une phrase prononcée par un otage, d’un signe, d’un contexte plus global… bref, d’un ensemble sémiotique dont on va proposer une transcription/redescription.
Capture donc, puis ajustement de l’image, centrée sur le visage, celle-ci étant ensuite manipulée sous Photoshop en passant par un script. Un « script » est une combinaison d’opérations, de fonctions Photoshop. Il est ici fabriqué par tâtonnements, et l’on attribue un script par personnage, ce qui fait d’emblée de chaque visage quelque chose comme une ligne graphique, au sens où on pourrait parler de ligne mélodique, et de chaque page une portée où se croisent et se recomposent, selon la chronologie, des situations de captivité flashées. L’image ainsi obtenue passe alors par Ultimate Flash Face, logiciel utilisé pour construire des portraits-robots, grâce auquel sont apposés un certain nombre d’éléments fixes : principalement le contour du visage et les cheveux. Ce traitement conjugue mise en série et singularité de l’image. Sa description analytique permet aussi d’éliminer l’entrée esthétique de type « défiguration à la Bacon », puisque si les visages apparaissent parfois difficilement visibles ou reconnaissables, c’est uniquement à cause de la mauvaise qualité première des données : des pixels grossiers qui s’agitent vaguement. L’objet est ici le résultat objectivé d’une procédure, et non le moyen réalisant une intention esthétique. On aura reconnu en partie la technique du found footage, de la récupération de séquences trouvées, qui est moins un genre qu’une pratique, impliquant un rapport matérique à l’information. Les canaux traditionnels de diffusion de l’information font d’ailleurs de plus en plus souvent appel à ce genre de pratiques lorsqu’il leur faut élaborer un programme quelconque. Ce qui nous permet de voir d’emblée le travail de LA RÉDACTION comme « médiatique » : il réinjecte un autre type de représentation là où la représentation coupe le commentaire, bloque l’analyse, sans avoir recours à une posture critique surplombante, mais uniquement par l’enquête et la manipulation effective des données […]

Libération, 22.11.07

Les éditions Al Dante et Questions théoriques,
présentation par Christophe Hanna.
Propos recueillis par Éric Loret.


franck leibovici. portraits chinois


les lieux originaires de ces textes ont pour finalité d’encourager au combat. il ne s’agit donc pas de récits autobiographiques, mais de poèmes de guerre. fabrication de légendes, célébration des disparus, chants héroïques. les conceptions de la vie, de la mort ou de la joie que ces modèles mettent en place nous sont aujourd’hui, pour une part, totalement étrangers. pourtant, ces agences s’élaborent sous nos yeux (...)


Franck Leibovici participe à diverses manifestations, en France et à l’étranger – entre autres : New York (Location 1), Mexico (collection Jumex), Copenhague (Vega; Literaturhaus), Stockholm (OEI/Index foundation), Paris (Ménagerie de verre, musée Zadkine, Cneai). Il collabore avec différents artistes ou chercheurs, dont le sculpteur brésilien Ernesto Neto (Könsthall, Malmö ; Panthéon, Paris) ou le musicien Tal (label Quatermass / Sub Rosa).
Portrait chinois est l’opus textuel de son cycle amorcé en 2000, Low Intensity Conflicts, comprenant des installations, diaporamas, affiches et pièces sonores.

éditions Al Dante
16 x 22 cm. 264 pages. 17 euros
EAN 9782849571163
[réétiqueté
9782847619652]

novembre 2007

franck leibovici. portraits chinois [extraits]

(Cliquer sur les pages pour les agrandir.)
Portrait chinois n° 1, extrait :

franck leibovici. des documents poétiques

Un document (mémo, rapport, post-it, liste, etc.) est une « technologie intellectuelle » (Jack Goody) permettant des opérations de classification et de circulation de l'information. Le document poétique désigne cette classe de documents, repérable aussi bien en sciences sociales (rapports), en droit (dossiers d'ONG dans les tribunaux internationaux), politique (Powerpoint de Colin Powell à l'ONU), art ou poésie, qui invente des formats de synthétisation et propose des outils de description pour représenter de façon nouvelle des « problèmes publics » (John Dewey). Les documents poétiques cartographient des processus de production de savoirs, suggérant ainsi une nouvelle partition entre sciences et arts.
À partir d’exemples tirés des domaines scientifique, politique et artistique, des documents poétiques propose une poétique pragmatiste tentant de décrire comment des technologies qui participent à la fabrication de notre réalité peuvent produire des formes de vie secourables.


Al Dante/Questions théoriques, collection Forbidden Beach
13 x 19 cm. 168 pages.15 euros
EAN 9782849571095
[réétiqueté 9782847619669]
novembre 2007

franck leibovici. des documents poétiques. table [analytique]


[Cliquer sur les pages pour les agrandir.]

franck leibovici. des documents poétiques. introduction

soit deux zones distinctes de conflit. la première, en quelques semaines, compte déjà à son actif plusieurs centaines de milliers de morts, la seconde, sur plusieurs années, en dénombre environ 5 000. pourtant, la première est considérée comme zone d’un conflit local, régional – elle est peu commentée –, la seconde intéresse l’ensemble des opinions internationales. le conflit qui s’y joue déterminerait l’avenir de l’humanité, il est l’expression d’une « cause internationale ».
le système actuellement en instauration, doté de cours pénales internationales et d’organisations non gouvernementales, est, d’une certaine façon, concurrent à la justice des états nations souverains. son activation est le fait d’actions privées : les victimes saisissent elles-mêmes une cour ou un tribunal international (lorsqu’il existe) et passent « par-dessus » l’état. les hiérarchies se réordonnent, les échelles de grandeur sont jouées les unes contre les autres.
les documents d’inculpation issus de cette justice privée, et souvent composés par les ong, méritent une attention particulière, en raison des modalités énonciatives innovantes qu’ils proposent. ces dossiers mêlent, en effet, témoignages directs ou rapportés, articles de loi insérés dans des propositions de fictions juridiques, descriptions factuelles d’un droit à venir où une instance impersonnelle objectivante se confond à un « je » dénonçant une situation intenable. les régimes de preuves et les logiques de raisonnement sont, eux aussi, très hétérogènes : analogies, dissenting opinion d’un juge mise sur le même plan que l’avis officiel de sa cour, droit international lu comme traduction généralisée des relations internationales en place, écriture ou récriture de l’histoire nationale d’un pays à travers l’internationalisation d’un conflit, insertion, dans les dossiers, de photos, de conversations enregistrées, etc.

la fabrication de nouvelles énonciations n’est pas un problème exclusivement littéraire ou artistique, même s’il a, traditionnellement et explicitement, été pris en charge par les poètes. les cadres énonciatifs participent à la fabrication du réel, et les différentes sphères, les différents « mondes » produisent leurs propres modalités d’énonciation. l’élaboration et le retravail de la catégorie juridico-morale d’« ignoble », fonctionnant aussi bien pour les crimes de faits divers de la sphère privée que pour les conflits internationaux publics, est peut-être aujourd’hui l’exemple le plus intéressant, car les documents, rattachés à cette catégorie d’« ignoble », que la sphère juridico-morale engendre, modifient immédiatement, à peine institués, les contours de cette dernière. les questions sur la fabrique de la catégorie d’« ignoble » ou sur la construction d’une « cause internationale » peuvent ainsi trouver une première réponse dans l’étude des masses incommensurables de documents rattachés à ces notions. non parce que le monde ne serait que langage, qu’il n’y aurait pas de hors-texte, mais parce que ces documents s’élaborent en traversant le monde, prennent consistance à travers les différentes strates (politique, économique, juridique, éthique, esthétique, etc.) qui forment notre réel : lire ces documents, les parcourir dans leur hétérogénéité même, c’est immanquablement parcourir une carte du monde, une représentation, où se lisent les étapes instituantes, linguistiques et visuelles, de fabrication du monde. le document est une technologie intellectuelle productrice de réel, dont les fonctionnements symboliques ont des effets très concrets.
les documents poétiques dont il va être question, à la fois, ressemblent et ne ressemblent pas à ces dossiers d’ong. leur similarité formelle est anecdotique, ponctuelle, mais ils partagent avec les dossiers mentionnés les mêmes techniques d’engendrement de formes d’énonciation, de systèmes de retraitement des savoirs, de synthétisation des données, de techniques de description et de représentation. les finalités immédiates demeurent, évidemment, distinctes : les uns ont pour fin une action efficace au sein d’institutions spécifiquement juridiques ou judiciaires, la visée des autres… est l’objet de ce texte. mais cette nouvelle classe de documents tente, comme un seul homme, de nous doter d’un nouvel appareillage conceptuel et perceptuel, à travers l’élaboration de nouveaux outils de description (de nouveaux yeux, de nouvelles oreilles). leur similarité formelle a priori n’est donc pas nécessaire, comme point de départ de l’analyse. elle se constituera, en revanche, peu à peu, au cours de l’analyse. étudier aujourd’hui des documents poétiques, c’est, d’une certaine façon, s’intéresser à cette production paradoxale de similarités à venir – une invention des formes, et l’émergence des processus de reconnaissance qui leur seront liés.

et la poésie, dans tout ça ?
ah, la poésie…

le « poétique » des documents s’entend ici dans son sens étymologique : les documents poétiques se donnent pour tâche d’inventer de nouvelles formes, de nouveaux formats, lorsque les outils à disposition se révèlent inadéquats à une saisie quotidienne du monde. comme technologies intellectuelles, ils permettent d’effectuer d’un seul coup des opérations jusqu’alors disjointes, ou difficilement exécutables hors de ce cadre synthétique. ces documents sont « poétiques » parce que les médiations nécessaires à une représentation nouvelle et efficace des problèmes publiques auxquels ils se confrontent (au sens de john dewey), sont aussi, en partie, poétiques et esthétiques.

franck leibovici. des documents poétiques : une étude de cas

3 cartes tirées des GUTs de LA RÉDACTION :
Boaïnaï, Socorro, Marcinelle.


travaillant à partir d’une masse de matériaux rassemblés (livres, émissions télévisées, entretiens), la rédaction invente un dispositif de traitement permettant redescriptions et nouvelles représentations. elle fonctionne, en ce sens, comme une institution textuelle : elle implémente ou institue, par une production de documents poétiques frappés du tampon LR, de nouveaux usages documentaires, aux dépens d’anciens, jugés périmés (une action désinstituante/réinstituante).
la forme ou la nature des rapports de la rédaction, ses contextes d’usage ou de circulation déterminent la composition de ses membres. participent ainsi, et selon, des traducteurs, sondeurs, experts ou pseudo-experts, consultants, factotums, personnes rencontrées en « chat » sur internet, etc. les 3 cartes étudiées ici sont tirées des guts (general unified theories). elles ont pour objet la morphogenèse des croyances, et mobilisent comme test des expériences de rencontres du troisième type.


LA RÉDACTION. GUTs.


BOAÏNAÏ

SOCORRO

MARCINELLE
© LA RÉDACTION. [Cliquer sur les images pour les agrandir.]

VIDÉO | Olivier Quintyn | « Dispositifs poétiques »
(3/11/10, Paris)

[S.V.P.] | Dispositifs poétiques :
mise en ligne de l’intervention
d’Olivier Quintyn dans le cadre de l’Observatoire des nouveaux médias
le mercredi 3 novembre 2010 | sur une invitation de Nicolas Thély :

Olivier Quintyn. Dispositifs/Dislocations


Dispositifs/Dislocations propose une poétique du collage à travers différentes manifestations historiques et génériques : arts plastiques (Picasso, Rodtchenko, Jasper Johns), littérature (Denis Roche, Manuel Joseph), musique (Oval, Negativland). Olivier Quintyn reconceptualise cette notion en la décrivant comme un dispositif destiné à dramatiser des expériences de désunion entre des logiques symboliques de représentation du monde.
Retravaillant certains concepts de l’esthétique analytique de Nelson Goodman et de l’épistémologie de Paul Feyerabend, il fabrique une petite grammaire des opérations collagistes articulant divers types de fonctionnements pragmatiques. Il développe enfin une réflexion sur leur portée sociale, dans le cadre d’une critique philosophique de la culture (Theodor Adorno, Walter Benjamin). Le but de ce livre est de donner une consistance théorique à des pratiques dénaturalisant les formes de croyance et de savoir collectif par des tactiques de dislocation épistémocritique.

Olivier Quintyn est né en 1978 à Porto Alegre (Brésil). Il a enseigné l'esthétique et l'histoire de l'art à l'université de Rennes 2. Il publie des textes théoriques, diffuse des dossiers et « documents poétiques » à propos de la géopolitique internationale sur des supports divers (affiches, flyers, journaux gratuits), et pratique la performance intermédia depuis 1997 dans le cadre de son projet [S.V.P.] : on peut citer Millenium BUG (1999), I Shot Reagan (2002), Fetal Diagnosis (2004). Il se livre aussi à l'exploration du « noise digital » en concert, et joue avec des musiciens électroniques comme RudDe du groupe dDamage ou Komori. Il participe aux activités du label Rolax.


Al Dante/Questions théoriques, coll. Forbidden Beach
13 x 19 cm. 144 pages. 15 euros
EAN 9782849571156
[réétiqueté
978-2847619676]
octobre 2007

Olivier Quintyn. Dispositifs/Dislocations : 1re page

1/DU DISPOSITIF COLLAGISTE
hétérogénéités, opérations, intégrations


La nomenclature plastique dissocie habituellement les trois pratiques du collage, de l’assemblage et du ready-made, selon des critères formels et contextuels. Le collage serait un objet constitué de fragments hétérogènes bidimensionnels, l’assemblage concernerait des œuvres construites tridimensionnelles, et le ready-made désignerait un objet non retouché, importé purement et simplement dans le monde de l’art. Ces définitions admises ont certes un mérite taxinomique, mais, en choisissant de classer ces pratiques sous le terme générique de collage, il s’agit de tenter de saisir un principe commun derrière la disparité des formes plastiques. Entre assemblage, collage et ready-made, il y a plus qu’une simple contiguïté, il y a un chevauchement définitionnel. En effet, l’assemblage peut être redéfini comme une composition d’objets hétérogènes en trois dimensions ; le collage, quant à lui, n’est qu’un assemblage de ready-made bidimensionnels, retouchés ou non ; et le ready-made serait le collage immatériel d’un objet et d’un contexte d’exposition (le musée ou la galerie formant un cadre de légitimation de l’objet indexé comme « œuvre »). Dans ces trois cas, ce qui est nommé « collage », au-delà des divergences formelles, résulte d’une esthétique du choc : entre surfaces, entre objets, ou entre un objet et un contexte d’exposition. Il est une technique ou stratégie compositionnelle résultant de coprésences critiques de formes, de simultanéités de présentation.
À cet égard, notre objet d’analyse sera constitué par la possibilité de cet élargissement même de la notion de collage, débordant de l’origine historique des papiers collés cubistes (en particulier la toile Nature morte à la chaise cannée composée par Picasso en 1912, et que l’on identifie usuellement comme le premier collage) pour désigner toute pratique faisant intervenir une hétérogénéité formelle des constituants et jouant de l’introduction, dans le champ artistique, d’objets ou de fragments non spécifiquement perçus comme artistiques. La pratique collagiste, telle qu’elle se présente aussi bien dans un papier collé que dans une composition de « sampling » musical, opère des resémantisations de formes existantes. Elle insère et retravaille des corps étrangers dans un contexte représentationnel donné, non seulement pour troubler le rapport entre le réel et sa figuration, mais aussi pour élargir le champ assigné à la relation esthétique, désormais obligée de tenir compte de mécanismes d’intégration et d’introjection d’habitus de lecture, de décodage et de perception exogènes.