VIDÉO | Olivier Quintyn | « Dispositifs poétiques »
(3/11/10, Paris)

[S.V.P.] | Dispositifs poétiques :
mise en ligne de l’intervention
d’Olivier Quintyn dans le cadre de l’Observatoire des nouveaux médias
le mercredi 3 novembre 2010 | sur une invitation de Nicolas Thély :

Olivier Quintyn. Dispositifs/Dislocations


Dispositifs/Dislocations propose une poétique du collage à travers différentes manifestations historiques et génériques : arts plastiques (Picasso, Rodtchenko, Jasper Johns), littérature (Denis Roche, Manuel Joseph), musique (Oval, Negativland). Olivier Quintyn reconceptualise cette notion en la décrivant comme un dispositif destiné à dramatiser des expériences de désunion entre des logiques symboliques de représentation du monde.
Retravaillant certains concepts de l’esthétique analytique de Nelson Goodman et de l’épistémologie de Paul Feyerabend, il fabrique une petite grammaire des opérations collagistes articulant divers types de fonctionnements pragmatiques. Il développe enfin une réflexion sur leur portée sociale, dans le cadre d’une critique philosophique de la culture (Theodor Adorno, Walter Benjamin). Le but de ce livre est de donner une consistance théorique à des pratiques dénaturalisant les formes de croyance et de savoir collectif par des tactiques de dislocation épistémocritique.

Olivier Quintyn est né en 1978 à Porto Alegre (Brésil). Il a enseigné l'esthétique et l'histoire de l'art à l'université de Rennes 2. Il publie des textes théoriques, diffuse des dossiers et « documents poétiques » à propos de la géopolitique internationale sur des supports divers (affiches, flyers, journaux gratuits), et pratique la performance intermédia depuis 1997 dans le cadre de son projet [S.V.P.] : on peut citer Millenium BUG (1999), I Shot Reagan (2002), Fetal Diagnosis (2004). Il se livre aussi à l'exploration du « noise digital » en concert, et joue avec des musiciens électroniques comme RudDe du groupe dDamage ou Komori. Il participe aux activités du label Rolax.


Al Dante/Questions théoriques, coll. Forbidden Beach
13 x 19 cm. 144 pages. 15 euros
EAN 9782849571156
[réétiqueté
978-2847619676]
octobre 2007

Olivier Quintyn. Dispositifs/Dislocations : 1re page

1/DU DISPOSITIF COLLAGISTE
hétérogénéités, opérations, intégrations


La nomenclature plastique dissocie habituellement les trois pratiques du collage, de l’assemblage et du ready-made, selon des critères formels et contextuels. Le collage serait un objet constitué de fragments hétérogènes bidimensionnels, l’assemblage concernerait des œuvres construites tridimensionnelles, et le ready-made désignerait un objet non retouché, importé purement et simplement dans le monde de l’art. Ces définitions admises ont certes un mérite taxinomique, mais, en choisissant de classer ces pratiques sous le terme générique de collage, il s’agit de tenter de saisir un principe commun derrière la disparité des formes plastiques. Entre assemblage, collage et ready-made, il y a plus qu’une simple contiguïté, il y a un chevauchement définitionnel. En effet, l’assemblage peut être redéfini comme une composition d’objets hétérogènes en trois dimensions ; le collage, quant à lui, n’est qu’un assemblage de ready-made bidimensionnels, retouchés ou non ; et le ready-made serait le collage immatériel d’un objet et d’un contexte d’exposition (le musée ou la galerie formant un cadre de légitimation de l’objet indexé comme « œuvre »). Dans ces trois cas, ce qui est nommé « collage », au-delà des divergences formelles, résulte d’une esthétique du choc : entre surfaces, entre objets, ou entre un objet et un contexte d’exposition. Il est une technique ou stratégie compositionnelle résultant de coprésences critiques de formes, de simultanéités de présentation.
À cet égard, notre objet d’analyse sera constitué par la possibilité de cet élargissement même de la notion de collage, débordant de l’origine historique des papiers collés cubistes (en particulier la toile Nature morte à la chaise cannée composée par Picasso en 1912, et que l’on identifie usuellement comme le premier collage) pour désigner toute pratique faisant intervenir une hétérogénéité formelle des constituants et jouant de l’introduction, dans le champ artistique, d’objets ou de fragments non spécifiquement perçus comme artistiques. La pratique collagiste, telle qu’elle se présente aussi bien dans un papier collé que dans une composition de « sampling » musical, opère des resémantisations de formes existantes. Elle insère et retravaille des corps étrangers dans un contexte représentationnel donné, non seulement pour troubler le rapport entre le réel et sa figuration, mais aussi pour élargir le champ assigné à la relation esthétique, désormais obligée de tenir compte de mécanismes d’intégration et d’introjection d’habitus de lecture, de décodage et de perception exogènes.